«C’est un peu chaud, reconnaît une jeune étudiante. Mais c’est bien d’avoir les choses comme ça ! » Dans une salle bondée, à l’heure de la recréation, le swami, habitué de l’UoM et des mots chocs, a abordé son discours sur la sexualité sans prendre de gants. D’emblée, il se situe et définit sa méthode. «Je suis un swami, pas un prêtre et qui a dit qu’un swami ne devrait pas se marier et ni rouler en BMW ? » Le ton était lancé.
Sanglé dans son shirvani crème, les cheveux soigneusement coiffés et la barbe sel et poivre, le swami Paramananda, auteur prolifique de quelques ouvrages qui parlent entre autre du castrisme et démolit les faux prophètes, évoque la difficulté qu’on éprouve à parler de la sexualité à Maurice. «À Maurice, c’est un tabou de parler de la sexualité et pourtant quand je vous voie, je vois des gens sexués. Car la naissance, la vie et la mort, tout part du sexe, il suffit d’y réfléchir ! Le sperme et l’ovule, ce sont des mots qui ont une connotation sexuelle.» Aux yeux du swami, en jetant l’interdit sur la sexualité, on cherche à barrer l’accès à l’intelligence, car la découverte de la sexualité conduirait à l’épanouissement de l’individu, à son émerveillement.
«La sexualité ne doit pas se réduire à quelques minutes de plaisir éprouvé à la va-vite et sans lendemain, mais bien à un désir qui mène à l’osmose entre l’homme et la femme, leur dissolution dans une sorte d’androgénie.» Présente dans tous les instants de la vie, elle est source de bonheur comme de malheur. À titre d’exemple, le swami cite le divorce dont on ignore qu’il trouve parfois son motif dans une vie conjugale à la sexualité incomplète. «La femme, fait remarquer l’invité des étudiants, a un nombre d’orgasmes supérieur à celui de l’homme. Alors que ce dernier tire son coup, est vite satisfait et s’écroule sur le lit, il ne sait pas que sa femme est encore insatisfaite. Frustrée, introvertie, elle cherche ailleurs, ce qui va alors provoquer l’infidélité, les tensions et le divorce ». Comment en arrive-t-on là ? Par ignorance, répond le swami, car ni l’homme, ni la femme ne connaissent parfaitement leur corps et encore moins assument leur réalité sexuelle.
Une partie de l’hindouisme, mais qui ne relève ni de la religion, ou de la science, le tantrisme, apporte des explications aux interrogations relatives à l’éveil sexuel, son cheminement sinueux par l’épine dorsale. C’est lorsque l’éveil et le désir, provoqués par la partie supérieure de notre corps, rencontre l’énergie issue de sa partie inférieure, que se réalise l’union mystique qui va transcender notre genre. «À ce moment-là, on peut dire de la sexualité qu’elle est l’essence même de notre existence, mais c’est une sexualité avec laquelle, il faut se familiariser dès l’enfance. Lorsqu’elle arrive au bout de son parcours, nous sommes alors devenus des êtres excellents. » Le swami établit ces distinctions fondamentales dans les fonctions de la sexualité : elle sert a la procréation, elle est source de plaisir, elle est enfin une énergie transcendantale. À la base, la sexualité est énergie mais elle ne sert pas à grand-chose si elle est mal utilisée ou gaspillée. « Il faut faire remonter la sexualité jusqu’à la partie supérieure de notre corps afin de donner un sens à cette énergie. Les vertus qui dormaient éclatent alors.»
Que faire lorsqu’on sent ce désir irrésistible de «décharger» le trop-plein de sève? «Il ne faut ni se contenir, ni gaspiller », explique le swami Paramananda. Et c’est vrai, enchaîne-t-il que nous vivons dans une société où le sexe est omniprésent et à chaque coin de rue. «Il faut une meilleure approche de la sexualité, non pas comme on veut l’enseigner, mais comme une énergie positive destinée à l’éveil et à l’équilibre de l’individu.»
Baby Gobin, chargé de cours à l’UoM – « L’approche holistique nous a plu »
Pourquoi avez-vous choisi le Swami Paramananda pour animer cette causerie sur la sexualité?
C’est son approche holistique de la sexualité qui nous a séduit. À chaque fois, qu’on a essayé d’aborder la sexualité à l’Université, il a fallu qu’on le fasse de manière biaisée. Soit on parlait du Sida, soit c’était de manière strictement académique. Avec le swami Paramananda, on a eu droit à une approche directe, sans cette langue de bois qui caractérise souvent ce type de démarche.
Quel a été le ‘response’ des étudiants qui assistaient à cette causerie?
Très bien ! Vous avez vu qu’ils sont venus très nombreux, même s’il est vrai que le thème sortait des sentiers battus et qu’il provoquait une certaine curiosité. Mais, en même temps, ils ont osé venir, ce qui démontre un réel intérêt. C’était courageux car la question reste toujours tabou !
Mais une seule causerie ne suffit pas …
Certainement ! Pour que les propos du swami soit vraiment compris, il faut qu’il y ait un dialogue continu, entre amis et en famille. Mais, une chose est déjà sûre : les propos du swami ont un peu bousculé les étudiants. Il fallait que ce soit ainsi, plutôt que des discours lis. Le fait d’avoir parlé en créole démontre que le swami souhaitait être compris, et que ce recours permet d’être plus réceptif.
Vous êtes l’un des initiateurs de cette causerie, quels sont vos liens avec le swami Paramananda?
Depuis quelques années déjà, je suis son enseignement. Il me paraît juste et en prise directe avec notre monde. C’est quelqu’un dont le mérite est d’avoir un regard pertinent sur notre monde. Mais en même temps, et s’il reste résolument un être spirituel, il est dans ce monde, ne vit pas en reclus et remet constamment certains dogmes stériles et passéistes. Nous l’avons invité précisément à cause de ces particularités.
Il y a eu à peine trois à quatre étudiants qui l’ont interpellé…
Je pense qu’ils hésitent à cause de la nature du sujet. Certes, ils en ont parlé entre eux une fois dehors. Mais pas en salle. Mais de manière générale, cette non-réaction est assez symptomatique de nos jeunes, qui restent passifs. Ils n’ont jamais appris à poser des questions, à n’importe quel niveau de leur croissance mentale. C’est tout le drame des jeunes d’aujourd’hui, par rapport à ceux des années 70-75. On cherche plutôt à réussir ses études, sans jamais contester les idées reçues ou se remettre en cause. Dans le domaine de la sexualité, cela est encore plus vrai. Le swami met le doigt sur un point sensible en expliquant qu’une des raisons des échecs du mariage est due à la frustration sexuelle. Ça c’est un sujet d’actualité, de même lorsque le swami évoque la sexualité précoce et qui se termine – ou commence – par la grossesse non-désirée.
Le Swami Paramananda -« Le sujet reste tabou »
À la fin de votre exposé, les étudiants n’ont pas été nombreux à poser des questions. Pourquoi, selon vous ?
C’est normal ! Leur hésitation montre bien leur crainte de s’exposer sur un tel sujet. Pourtant, la sexualité les intéresse et ils ont bien de questions à poser. Mais, personne ne leur a appris comment s’y prendre. Ni à l’école, ni au collège et encore en famille, ils n’ont été encouragés à débattre de la sexualité et à donner leur avis. Toutefois, le fait qu’ils soient venus nombreux est un signe positif de leur intérêt.
Pourquoi êtes-vous venus ici à l’Université de Maurice pour aborder un tel sujet ?
D’abord, parce j’ai été invité, ensuite parce qu’il me semblait qu’à ce niveau de leurs études, il fallait que ces étudiants soient exposés à d’autres sujets et non pas uniquement qu’à l’étude strictement académique pour décrocher un diplôme. Quand on voit le nombre de délits de nature sexuelle, on se rend compte que, quelque part, les Mauriciens n’ont pas été suffisamment formés pour affronter certaines situations.
Sex, breaking the taboo : un pavé dans la mare
C’est un ouvrage d’environ 125 pages, publié en 2001 et intitulé « Sex : Breaking The Taboo », qui permet de cerner le regard du swami Paramananda sur la sexualité. Il s’agissait d’un premier livre s’inspirant de l’hindouisme qui abordait le sujet sans les visières, quittant résolument les sentiers battus et se donnant aussi pour mission de rappeler que la sexualité a toujours été au centre de l’hindouisme, soit directement à travers les reliefs de Khajurao ou compilée dans le fameux traité intitulé le Kama- Sutra. L’auteur s’employait surtout à montrer la place du symbolisme de l’osmose sexuelle dans la création, et visible à l’œil nu, dans les temples shivaites (les shivalas), notamment un lingum planté dans un yoni. Mais ce que condamne le swami Paramananda, c’est l’absence d’explication – rétention d’information ou simple méconnaissance – à l’égard de cette posture à la fois sexuelle mais qui montre aussi le sens et la portée de l’énergie cosmique. Recentrant le rôle de la femme dans notre vie, le swami rappelle que tous les hommes viennent de la femme. Et en ce sens, la vénération de la déesse-mère, sous toutes ses formes, n’est pas dénuée de sens. Comme mère, la femme est le commencement de toute chose.
Dans un autre chapitre, le swami évoque l’illumination que provoque l’éveil du fameux serpent grâce à la méditation et nom donné à notre colonne vertébrale lorsque le méditant réussit à canaliser son fluide. Un peu plus loin, l’auteur aborde le délicat sujet qu’est le tantrisme et donne des explications à la vénération du sexe féminin et l’acte sexuel qui s’ensuit. Il rappelle que cet acte est très critiqué par les prêtres orthodoxes et met en garde contre les dérives auxquelles il peut donner lieu lorsqu’il est pratiqué par des charlatans.
Tout au long de son ouvrage, le swami Paramananda tente de mettre en exergue les rapports de la sexualité avec les faits de société et quels sont les influences qui s’exercent sur elle, les conflits qu’elle suscite au sein de la famille.
Par: Mons. Pradeep Kumar Daby, Defi Sexo




